OURAGAN, Laurent Gaudé

Depuis le Soleil des Scorta, je guette chaque parution de Laurent Gaudé et lis ce qu’il écrit avec délectation.

Je trouve toujours ses romans élégants, brillamment construits et pleins d’empathie.

C’est quelqu’un qui sait inventer des vies : pas seulement raconter mais donner à entendre. Ses personnages prennent corps et on a vraiment l’impression de côtoyer plus que des êtres de papier.

Et puis, c’est un conteur qui en peu de mots arrive à croquer avec beaucoup de justesse des personnages sûrement aux antipodes de ce qu’il est et de ce qu’il vit, sans pour autant que son roman apparaisse comme un roman « documenté » où l’auteur témoignerait d’une quelconque érudition qui le rendrait apte à parler au nom de personnages d’autres temps, d’autres origines ou conditions, et à les rendre crédibles. Lire la suite

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MAGNUS, Sylvie Germain

C’est un roman comme j’aimerais en écrire (en toute modestie!).
Ce n’est pas mon livre préféré mais il est proche de l’idée que je me fais de l’art de raconter les histoires.
L’écriture est dense, foisonnante, et m’oblige à me retourner sur ce que je viens de lire pour savourer les images qu’elle crée en moi.

J’aime le rythme des phrases, la couleur des mots, les sonorités qui s’en dégagent. Parfois j’aimerais réciter à voix haute certains passages, comme une incantation.
Et en même temps la forme n’est pas vaine.

Ce style qui me donne l’impression de m’évaporer dans des images multiples, ne me fait pas perdre le fil du récit, et si l’écriture est dense, la lecture est fluide: j’ai vraiment eu l’impression de glisser dans l’histoire sans m’en rendre compte. Lire la suite

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LA BALLADE DE L’IMPOSSIBLE, Haruki Murakami

   Dans la famille Murakami, je n’avais que le glauque (merci M 😉 : celui dont les romans exhalent une violence urbaine fantasmagorique, celui des désaxés et des monstres de foire pathétiques, terrifiants et fascinants…

Et puis j’ai quitté Ryû pour Haruki.

Le titre du livre et la collection 10/18 (ma fidèle amie qui me déçoit rarement quand je suis en mal de lire) ont arrêté mon choix au hasard d’un vagabondage dans une grande librairie (pas la Fnac, ni Amazon, ça sent l’exploit !).

Avec une entrée en matière pareille, on entend déjà toute la poésie et la nostalgie douloureuse qui baigne le roman. En l’ouvrant, je m’attendais à une promenade dans les méandres de l’âme, à un éloge de la perte et de la rencontre impossible. Intuition confirmée et plus encore. Lire la suite

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LA BALLADE D’IZA, Magda Szabo


A la mort de son mari, une vieille femme quitte son village et sa maison pour aller vivre dans l’appartement de sa fille à Budapest.

Cette décision, qui engage pourtant sa vie, n’est pas la sienne. La voilà de nouveau, comme quand elle était enfant, témoin de décisions qui sont prises pour son compte ; pour son bien.

Et docile, elle accepte cette infantilisation. Elle accepte de s’en remettre au jugement et aux choix de sa fille.

Cet abandon de son pouvoir de décision à autrui marque le commencement de sa mort. Lire la suite

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BEAUCOUP DE BEAUX BÉBÉS, David Ellwand

Ouais, ouais, je sais. Un recueil de photos de bébés, en noir et blanc en plus. J’entends d’ici les commentaires niaiseux : « ha nan, mais y sont trognons tous ces ‘ti bout de chou ! » et j’ai envie de me pendre. Ou de pendre quelqu’un plutôt. Mais bref, toute cette violence n’a aucune raison d’être car il s’agit d’un livre sur les bébés, certes, mais surtout POUR les bébés. Haaaa, d’accord. Hé oui, là on voit pas bien, mais le livre est cartonné.

Ceci dit ça ne change presque rien, et d’ailleurs je ne voulais pas l’acheter. Mais une gentille dame bibliothécaire pour enfants m’a assuré qu’avec ça j’allais cartonner auprès des moins de 2 ans, et m’a révélé l’arcane secrète du bouquin : le miroir à la fin. Pas en verre, évidemment, en genre d’aluminium plastifié. Et je dois avouer que j’ai effectivement cartonné. Le combo photos de bébés en gros plan + miroir qui montre un bébé aussi, ressemblant étonnement aux autres mais qui bouge, je dois dire que ça casse la baraque.

Donc voilà, c’est toujours bon à savoir : quoi offrir pour moins de 10€ à cette petite chose qui ne parle pas, pour se concilier ses bonnes grâces et épater ses amis.

EXTRAIT

Le coup du miroir

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TERRE DES OUBLIS, Duong Thu Huong

Une recommandation du Nain en personne, et sans conteste un chef-d’oeuvre. Pourtant, c’est une impression de malaise qui domine tout au long de la lecture, et qui persiste une fois le livre refermé.

Miên est heureusement mariée à Hoan, et ils ont ensemble un fils de cinq ans qu’ils adorent. Ils sont riches et respectés, et vivent paisiblement au Hameau de la Montagne. Une vie sans histoire, sereine et banale, baignant dans l’amour et le respect, l’opulence et la courtoisie. Puis arrive Bôn. Bôn est le premier mari de Miên, qu’elle a épousé très jeune, juste avant son départ à la guerre, comme une faveur faite à un futur héros de la patrie. Disparu, présumé mort depuis des années, il est de retour et réclame sa légitime épouse. Lire la suite

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JE PENSAIS QUE MON PÈRE ÉTAIT DIEU, anthologie dirigée par Paul Auster

Tout part d’une émission de radio à laquelle Paul Auster collabore. Il s’agit de faire le portrait de la réalité américaine à travers ceux qui la vivent chaque jour : les vrais Américains. Paul Auster appelle donc les auditeurs à partager leurs histoires sous la forme d’un récit, pouvant être lu pendant l’émission, qui aurait un sens particulier pour eux. Il est submergé de réponses.

Ce livre regroupe environ 250 de ces récits. Certains se ressemblent, d’autres sortent vraiment du lot. C’est un peu dommage qu’ils soient regroupés par thèmes, parce que leur spécificité est parfois noyée parmi les histoires similaires.

Pourtant, tous ont un petit grain de poésie, tous résonnent comme seules les oeuvres vraiment humaines peuvent le faire. Chaque événement ou non-évènement baigne dans une lumière unique, et à chaque récit, c’est à un nouveau regard intérieur que l’on est confronté. Lire la suite

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